Guide complet · Rémunérer

Rémunérer un agent commercial : taux, assiette et paliers

Un agent commercial est rémunéré par une commission, librement fixée entre vous et lui dans le contrat. Le taux ne suffit pas : il faut aussi choisir l'assiette, le moment où la commission est due, les paliers et le sort des cas particuliers. Un bon plan part de votre marge et du gain horaire de l'agent.

Soufiane DerbaliSoufiane DerbaliPublié le 6 octobre 2026 · 21 min de lecture
Dirigeant de PME qui construit le plan de rémunération de ses agents commerciaux indépendants
Sommaire
  1. Comment rémunère-t-on un agent commercial ?
  2. Comment fixer le taux de commission d'un agent commercial ?
  3. Sur quelle assiette calculer la commission ?
  4. L'agent touche-t-il une commission sur les ventes qu'il n'a pas faites lui-même ?
  5. Quand la commission est-elle acquise, et quand faut-il la payer ?
  6. Que doit contenir le relevé de commissions ?
  7. Dans quels cas le droit à commission s'éteint-il ?
  8. Faut-il prévoir des paliers ou des primes ?
  9. Peut-on verser un fixe ou une avance à un agent commercial ?
  10. Comment traiter les cas particuliers : commande directe, remises, retours, impayés ?
  11. Pourquoi la rémunération décide-t-elle de la place de votre carte ?
  12. Grille : les 10 questions que votre plan de rémunération doit trancher
  13. Questions fréquentes

Ce guide ouvre notre série consacrée à la rémunération des agents commerciaux. La rémunération est la 2e chose qu'un agent regarde, juste après l'offre elle-même.

C'est aussi l'une des causes les plus fréquentes d'un réseau qui ne décolle pas, comme nous l'expliquons dans l'article sur les raisons pour lesquelles vos agents commerciaux ne vendent pas. Ce guide couvre le principe, le calcul du taux, les règles légales et les clauses qu'il vous revient d'écrire.

Comment rémunère-t-on un agent commercial ?

Un agent commercial est rémunéré principalement par des commissions, c'est-à-dire un pourcentage des ventes qu'il génère pour vous. Il n'est pas salarié : il facture ses commissions comme une entreprise indépendante. Il n'a donc ni salaire minimum garanti, ni heures payées.

Ce qui distingue ce statut des autres modèles de force de vente est détaillé dans notre guide de l'agent commercial indépendant.

Le principe est posé par l'article L134-5 du Code de commerce : la rémunération est librement convenue entre les parties. À défaut d'accord, l'agent a droit à une rémunération conforme aux usages de la profession, pour les secteurs couverts par son activité. La fiche officielle sur le statut d'agent commercial rappelle elle aussi que la rémunération est fixée librement entre l'agent et son mandant.

Cette liberté est une chance et un piège. Une chance, parce que vous pouvez construire une rémunération adaptée à votre marge et à votre cycle de vente. Un piège, parce que la loi ne tranchera pas à votre place les questions que votre contrat laisse ouvertes.

Un plan de rémunération complet répond au minimum à 6 questions :

  1. Le taux : quel pourcentage, et est-il le même pour toutes les ventes ?
  2. L'assiette : sur quel montant ce pourcentage s'applique-t-il ?
  3. Le périmètre : sur quelles ventes l'agent est-il commissionné, y compris celles qu'il n'a pas faites lui-même ?
  4. Le moment : quand la commission est-elle acquise, et quand est-elle payée ?
  5. Les variations : y a-t-il des paliers, des primes, un fixe ou une avance ?
  6. Les exceptions : que se passe-t-il en cas de remise, de retour, d'impayé ou de commande directe ?

Chacune de ces questions fait l'objet d'une section ci-dessous.

Comment fixer le taux de commission d'un agent commercial ?

Le taux se calcule à partir de votre marge et de ce que l'agent doit gagner pour que votre carte vaille son temps, et pas à partir d'un « taux moyen ». Un même pourcentage peut être très attractif sur une offre et dérisoire sur une autre. Tout dépend du panier moyen, du nombre de ventes réalistes et du temps nécessaire pour conclure.

Un agent commercial raisonne en chef d'entreprise. Il ne se demande pas « quel est le taux ? », il se demande « combien je gagne par heure passée sur cette carte, comparé aux autres ? ».

Un taux élevé sur un produit qui demande 6 rendez-vous et 4 mois de négociation peut rapporter moins, par heure, qu'un taux modeste sur un produit qui se vend en 1 rendez-vous.

La méthode tient en 5 étapes :

  1. Partir de la marge brute par vente : c'est l'enveloppe dans laquelle la commission doit tenir, avec le reste de vos coûts.
  2. Estimer le nombre de ventes réalistes par mois pour un agent qui découvre votre offre, pas pour votre meilleur vendeur.
  3. Fixer ce que l'agent doit gagner par mois sur votre carte, au regard du temps qu'elle lui demande.
  4. En déduire la commission par vente, puis le taux.
  5. Vérifier qu'il vous reste une marge suffisante une fois la commission payée.

Exemple fictif : votre panier moyen est de 4 000 € HT, avec une marge brute de 40 %, soit 1 600 € par vente. Un agent peut réaliser 3 ventes par mois en y consacrant environ 28 heures.

Pour qu'il gagne 1 500 € par mois sur votre carte, il lui faut 500 € par vente, soit un taux de 12,5 %. Il vous reste 1 100 € de marge par vente, et l'agent gagne environ 54 € par heure passée sur votre offre.

Si le calcul aboutit à une commission qui dévore la quasi-totalité de votre marge, le problème n'est pas le taux. C'est l'offre confiée à l'agent qui n'est pas adaptée à une vente par quelqu'un d'autre que vous : panier trop faible, cycle trop long, ou marge trop mince. La méthode complète, avec un 2e exemple et la formule pas à pas, se trouve dans notre article pour fixer le taux de commission d'un agent commercial.

Le taux ne se décide pas sans les frais : qui paie les déplacements, les échantillons et les salons, et ce que ce choix change à votre coût, est détaillé dans notre article sur les frais d'un agent commercial.

Sur quelle assiette calculer la commission ?

L'assiette est le montant sur lequel s'applique le taux, et c'est à votre contrat de la définir précisément. Les choix les plus courants sont le chiffre d'affaires hors taxes, le montant facturé ou le montant encaissé. Un même taux de 10 % ne donne pas la même commission selon l'assiette retenue.

Les 3 questions à trancher par écrit :

  • HT ou TTC ? Dans les relations entre professionnels, on raisonne en général hors taxes. La TVA n'est pas une recette pour vous, il est logique qu'elle ne soit pas commissionnée. Écrivez-le quand même.
  • Quels éléments entrent dans l'assiette ? Frais de port, frais d'installation, prestations annexes, abonnements récurrents : chacun doit être inclus ou exclu explicitement.
  • Montant commandé, facturé ou encaissé ? C'est la question la plus importante, parce qu'elle touche aussi le moment où la commission est due. Nous la traitons plus bas.

Un piège fréquent : le contrat dit « commission de 10 % sur le chiffre d'affaires », sans plus de précision. Au premier retour de marchandise ou à la première remise commerciale, chacun a sa lecture.

L'agent pense au montant de la commande, vous pensez au montant réellement payé. Le désaccord porte sur quelques centaines d'euros, mais il coûte la confiance.

Pour voir l'effet concret de l'assiette sur le montant final, avec des remises et des retours, consultez notre article pour calculer la commission d'un agent commercial avec des exemples chiffrés.

Pour les abonnements et les contrats reconductibles, commission sur la 1re année, sur toute la durée ou dégressive : les formules sont comparées sur 3 ans dans notre article sur la commission d'un agent commercial sur un abonnement.

L'agent touche-t-il une commission sur les ventes qu'il n'a pas faites lui-même ?

Oui, dans certains cas prévus par la loi. L'article L134-6 du Code de commerce distingue la commission directe, liée à l'intervention de l'agent, et la commission indirecte, liée à un secteur ou un groupe de clients confié à l'agent. C'est l'une des règles que les dirigeants découvrent le plus souvent trop tard.

La commission directe. L'agent a droit à une commission sur les opérations conclues grâce à son intervention, ou conclues avec un client qu'il a apporté. Autrement dit, un client que l'agent vous a fait gagner reste un client commissionné quand il recommande, même s'il passe par votre site ou appelle directement votre service commercial.

La commission indirecte. Si l'agent est chargé d'un secteur géographique ou d'un groupe de clients déterminé, il a aussi droit à une commission sur les opérations conclues avec les clients de ce secteur ou de ce groupe. Même sans son intervention. Le texte ne parle pas d'exclusivité. Un client de son territoire qui vous trouve par un salon, une recommandation ou votre site déclenche donc, en principe, une commission.

Les conséquences pratiques sont importantes :

  • Confier un secteur n'est pas un geste anodin. Selon le texte, c'est déjà ouvrir droit à la commission sur les ventes conclues avec ce secteur, même sans l'agent. Sa taille et sa définition se pensent avec ce coût en tête.
  • Définir le secteur avec précision évite les discussions : liste de départements, de codes postaux, de secteurs d'activité ou de comptes nommés.
  • Prévoir le sort des clients existants : sont-ils inclus dans le secteur, ou exclus et listés en annexe ?
  • Organiser l'information : l'agent doit pouvoir savoir quelles ventes ont été conclues sur son secteur, ce qui rejoint le relevé de commissions.

Le calcul d'une commission indirecte, à côté des ventes directes de l'agent, est détaillé dans notre article sur le calcul de la commission avec exemples chiffrés.

Pour savoir ce qui est dû dans chaque situation, client apporté qui recommande, client du secteur, client hors secteur ou client exclu, consultez notre tableau sur la commission indirecte et le secteur confié.

Quand la commission est-elle acquise, et quand faut-il la payer ?

La commission est acquise dès que vous avez exécuté l'opération, ou auriez dû l'exécuter, ou dès que le client l'a exécutée, selon l'article L134-9 du Code de commerce. Elle doit être payée au plus tard le dernier jour du mois qui suit le trimestre au cours duquel elle a été acquise. Rien ne vous empêche de payer plus tôt, par exemple chaque mois.

Concrètement, il existe 2 grands moments possibles :

  • À l'exécution par le mandant : quand vous livrez le produit ou réalisez la prestation, que l'on matérialise en pratique par la facturation.
  • À l'exécution par le client : quand le client paie, c'est-à-dire à l'encaissement.

Ce choix change beaucoup de choses. Sur la trésorerie d'abord : payer sur facturation, c'est avancer une commission sur une somme que vous n'avez pas encore touchée. Sur la motivation de l'agent ensuite : être payé sur encaissement, avec un client qui règle à 60 jours, repousse sa commission de plusieurs mois.

Exemple fictif : une vente facturée le 15 février, réglée par le client à 60 jours, mi-avril. Sur facturation, la commission est acquise au 1er trimestre et doit être payée au plus tard le 30 avril. Sur encaissement, elle est acquise au 2e trimestre et doit être payée au plus tard le 31 juillet.

La fiche du ministère de la Justice présente ces règles de commission. Ni l'une ni l'autre n'est la bonne réponse dans l'absolu.

Ce qui compte, c'est que le choix soit fait, écrit, et expliqué à l'agent au moment où il évalue votre carte. Les avantages et inconvénients des 2 options, avec un tableau comparatif, sont détaillés dans notre article : commission sur encaissement ou sur facturation, que choisir.

Que doit contenir le relevé de commissions ?

Le relevé de commissions est un document obligatoire que vous remettez à l'agent pour lui indiquer les commissions dues. Selon l'article R134-3 du Code de commerce, il doit lui être remis au plus tard le dernier jour du mois qui suit le trimestre au cours duquel elles sont acquises. Pour être utile, il détaille les éléments du calcul.

L'agent peut en outre exiger que vous lui fournissiez les informations nécessaires pour vérifier ce montant. Ce droit de contrôle est souvent mal vécu par les dirigeants. Il est pourtant logique : l'agent ne voit ni vos factures, ni vos encaissements, ni les commandes passées en direct sur son secteur.

Un relevé utile, et qui évite les questions, contient au minimum :

  • La période concernée.
  • La liste des opérations commissionnées : client, date, référence de la commande ou de la facture.
  • L'assiette retenue pour chaque opération, et les éventuelles déductions (remise, retour, avoir).
  • La distinction entre commissions directes et commissions indirectes, si un secteur ou un groupe de clients est confié.
  • Le taux appliqué, et le palier atteint s'il y en a.
  • Le total dû, et les commissions éventuellement reportées ou annulées, avec la raison.

Un relevé clair, envoyé à date fixe, fait plus pour la confiance qu'un taux un peu plus élevé. Un agent qui doit relancer pour savoir ce qu'il a gagné commence à douter de tout le reste.

Le calendrier à tenir et un squelette de relevé en 6 blocs sont détaillés dans notre article sur le relevé de commissions d'un agent commercial.

Dans quels cas le droit à commission s'éteint-il ?

Le droit à commission s'éteint lorsque le contrat entre le client et vous n'est pas exécuté, pour une cause qui ne vous est pas imputable. C'est la règle de l'article L134-10 du Code de commerce. Autrement dit, une vente qui échoue par votre faute reste en principe commissionnée.

Quelques situations pour fixer les idées :

  • Le client annule la commande pour une raison qui lui est propre : la question de l'extinction se pose.
  • Vous ne pouvez pas livrer, par rupture de stock ou erreur de votre côté : la cause vous est imputable, la commission reste due.
  • Vous décidez de refuser une commande valablement obtenue par l'agent : là encore, la cause est de votre côté.

C'est aussi à cette règle que l'on rattache la question des impayés, que nous traitons dans les cas particuliers plus bas. Le point à retenir : la commission ne disparaît pas simplement parce qu'une vente vous déplaît après coup. Pour une situation précise, et notamment pour la rédaction d'une clause sur ce sujet, faites-vous conseiller par un avocat.

Faut-il prévoir des paliers ou des primes ?

Les paliers et les primes sont facultatifs, mais ils sont utiles pour récompenser le volume et orienter l'effort de l'agent. Sans eux, l'agent gagne autant au 10e client qu'au premier, et rien ne l'incite à accélérer sur votre carte plutôt que sur une autre. Mal construits, ils créent en revanche des effets de seuil coûteux.

Il existe 2 façons très différentes de construire des paliers, et la confusion entre les 2 est fréquente :

  • Les paliers progressifs par tranche : chaque taux ne s'applique qu'à la part du chiffre d'affaires comprise dans sa tranche, comme pour un barème d'impôt.
  • Le taux qui s'applique à tout le volume : dès qu'un seuil est franchi, le nouveau taux s'applique à l'ensemble du chiffre d'affaires de la période.

Exemple fictif : une grille à 6 % jusqu'à 30 000 € HT par trimestre, 8 % de 30 000 à 60 000 €, 10 % au-delà. Pour 70 000 € de ventes, les paliers par tranche donnent 5 200 € de commission.

Le taux appliqué à tout le volume donne 7 000 €. Avec la 2e méthode, passer de 59 900 € à 60 100 € de ventes fait bondir la commission de 4 792 € à 6 010 €, pour seulement 200 € de ventes en plus.

Ce saut de seuil a 2 effets pervers : il pousse à décaler des commandes d'une période à l'autre pour franchir le palier, et il vous coûte cher sur des ventes marginales. Les paliers par tranche sont plus lisses. Le calcul détaillé des 2 méthodes se trouve dans notre article pour calculer une commission avec des paliers.

Les primes, elles, servent à orienter plutôt qu'à récompenser le volume :

  • Une prime sur l'ouverture de nouveaux clients, si vous voulez conquérir plutôt que gérer l'existant.
  • Une prime sur un produit précis, pour pousser une gamme que vous voulez développer.
  • Une prime de démarrage, pour accompagner les premiers mois.

Chaque prime doit avoir un critère objectif, mesurable, et écrit. Une prime « à l'appréciation du mandant » est une source de litige, pas une motivation.

Pour comparer taux simple, paliers, seuil, prime d'objectif et fixe sur un même exemple chiffré, consultez notre article sur les paliers, les primes et le fixe d'un agent commercial.

Peut-on verser un fixe ou une avance à un agent commercial ?

Oui, c'est possible, puisque la rémunération est librement convenue. Certains mandants versent un fixe, d'autres une avance sur commissions, notamment pour aider l'agent à démarrer sur une offre au cycle de vente long. Ces 2 mécanismes sont à manier avec prudence, et leur intérêt dépend de votre situation.

Le fixe et l'avance ne fonctionnent pas de la même façon :

  • Un fixe est acquis à l'agent, quelles que soient ses ventes. C'est un coût certain pour vous, sans garantie de résultat.
  • Une avance sur commissions est versée à l'avance, puis imputée sur les commissions futures. Le contrat doit alors dire ce qui se passe si les commissions ne couvrent jamais l'avance : est-elle remboursable, sur quelle période, et que se passe-t-il en fin de contrat ?

Les points de vigilance à garder en tête :

  • La durée : un fixe ou une avance limités dans le temps, par exemple sur la période de démarrage, se pilotent plus facilement qu'un dispositif sans fin.
  • L'indépendance de l'agent : un fixe ne doit pas s'accompagner d'horaires imposés, de comptes rendus quotidiens ou d'un contrôle de type salarié. L'agent immatriculé est présumé non salarié, selon l'article L8221-6 du Code du travail, mais cette présomption peut tomber en cas de lien de subordination juridique permanent.
  • L'effet sur la motivation : un revenu qui ne dépend pas des ventes peut rassurer l'agent au démarrage, mais il change la logique de la relation.

Il n'y a pas de réponse universelle. Si vous envisagez un fixe ou une avance, faites valider la rédaction de la clause par un avocat.

Le fonctionnement d'une avance, un exemple de régularisation et les 8 points à écrire au contrat sont présentés dans notre article sur l'avance sur commission d'un agent commercial.

Comment traiter les cas particuliers : commande directe, remises, retours, impayés ?

Les cas particuliers doivent être tranchés dans le contrat avant le premier conflit, parce que ce sont eux qui provoquent la plupart des litiges sur la rémunération. Pour chacun, la question est simple : la commission est-elle due, sur quel montant, et à quel moment ? Voici les 4 cas à écrire en priorité.

Le client qui commande en direct. Un client apporté par l'agent recommande sans passer par lui, ou un client du secteur qui lui est confié vous contacte directement. Dans les 2 cas, l'article L134-6 ouvre en principe droit à commission. Plutôt que de le découvrir au relevé, écrivez comment ces commandes sont identifiées et commissionnées.

Les remises. Vous accordez une remise à un client, parfois à la demande de l'agent, parfois de votre propre initiative. La commission se calcule-t-elle sur le prix catalogue ou sur le prix remisé ?

La logique la plus lisible est de commissionner le montant réellement facturé. Si vous voulez que l'agent assume une partie de la remise qu'il a lui-même négociée, ou au contraire qu'il ne soit pas pénalisé par une remise que vous avez décidée seul, écrivez-le.

Les retours et les avoirs. Un client retourne une partie de sa commande et reçoit un avoir. La commission déjà calculée est-elle diminuée d'autant ?

Sur quel relevé la régularisation apparaît-elle ? Un mécanisme simple consiste à déduire le montant de l'avoir de l'assiette du relevé suivant, et à le faire apparaître sur une ligne distincte.

Les impayés. Un client ne paie pas. Si la commission est calculée sur encaissement, elle n'est pas encore acquise.

Si elle est calculée sur facturation et déjà versée, la question de sa récupération se pose. La règle de l'article L134-10 sert de cadre, mais votre contrat doit préciser le mécanisme : à partir de quand un impayé est constaté, comment la commission est reprise, et ce qui se passe si le client finit par payer.

Pour tous ces cas, la règle d'or est la même : un exemple chiffré annexé au contrat vaut mieux qu'une clause abstraite. L'agent comprend ce qu'il gagnera, et vous savez ce que vous paierez.

Pourquoi la rémunération décide-t-elle de la place de votre carte ?

Parce qu'un agent multicartes compare en permanence ce que lui rapporte chaque heure passée sur chacune de ses cartes. Votre plan de rémunération n'est pas seulement un coût à maîtriser. C'est l'argument qui décide si l'agent présente votre offre en premier, ou en dernier.

La rémunération n'est pas le seul critère. Une carte devient prioritaire quand elle rapporte bien par heure, qu'elle se vend facilement grâce aux bons outils, et que le mandant répond vite.

Mais une rémunération floue, payée tard ou contestée à chaque relevé suffit à faire décrocher un agent, même sur une bonne offre. Les 3 leviers sont détaillés dans notre article pour devenir la carte prioritaire d'un agent multicartes.

Quelques principes pour que votre plan joue en votre faveur :

  • Montrez à l'agent ce qu'il gagne, avec un exemple chiffré sur un mois réaliste, dès la 1re discussion.
  • Payez à date fixe, avec un relevé clair, et sans attendre la date limite légale si votre trésorerie le permet.
  • Gardez le plan simple : un taux, une assiette claire, au besoin un système de paliers lisible. Un plan que l'agent ne sait pas recalculer seul est un plan qu'il ne croit pas.
  • Révisez-le à date convenue, une fois les premiers mois écoulés et les chiffres réels connus.

Grille : les 10 questions que votre plan de rémunération doit trancher

Avant de signer avec un agent, vérifiez que votre contrat ou son annexe répond à chacune de ces questions. Une case vide est un litige en attente.

# Thème La question à trancher Ce que vous écrivez
1 Taux Quel taux, et est-il le même pour tous les produits et tous les clients ? Le ou les taux, et ce qui les distingue
2 Calcul du taux Le taux laisse-t-il une marge suffisante, et l'agent gagne-t-il assez par heure ? Un exemple chiffré sur un mois réaliste
3 Assiette HT ou TTC, et quels éléments sont inclus ou exclus (port, frais, abonnements) ? La définition précise de l'assiette
4 Périmètre Sur quelles ventes l'agent est-il commissionné, y compris les commandes directes ? Les règles de commission directe et indirecte
5 Secteur Quel secteur est confié à l'agent, avec ou sans exclusivité, et que deviennent les clients existants ? Le secteur précis et la liste des clients exclus
6 Fait générateur La commission est-elle acquise à la facturation ou à l'encaissement ? Le choix retenu et sa justification
7 Paiement et relevé À quel rythme payez-vous, et que contient le relevé ? La date de paiement et le modèle de relevé
8 Paliers et primes Y a-t-il des paliers, par tranche ou sur tout le volume, et des primes ? La grille, avec un exemple de calcul
9 Fixe ou avance Versez-vous un fixe ou une avance, pour combien de temps, et comment l'avance est-elle imputée ? Le montant, la durée et les règles de récupération
10 Cas particuliers Que se passe-t-il en cas de remise, de retour, d'avoir ou d'impayé ? Le traitement de chaque cas, avec un exemple

Cette grille est une structure : chaque entreprise y apporte ses propres réponses, selon sa marge, son cycle de vente et son offre.

Questions fréquentes

Quel est le taux de commission normal pour un agent commercial ?

Il n'existe pas de taux normal valable pour toutes les entreprises. La loi laisse la rémunération libre entre les parties, et le bon taux dépend de votre marge, de votre panier moyen et du temps nécessaire pour conclure une vente. Un taux se calcule à partir de ces éléments, il ne se copie pas.

Un agent commercial a-t-il droit à une commission sur les commandes passées en direct ?

Oui, dans 2 cas prévus par l'article L134-6 du Code de commerce. D'abord quand la commande vient d'un client qu'il a apporté. Ensuite, s'il est chargé d'un secteur ou d'un groupe de clients déterminé, pour les commandes des clients de ce secteur ou de ce groupe, même sans son intervention. Le texte ne l'attache pas à une exclusivité.

Dans quel délai faut-il payer les commissions d'un agent commercial ?

Au plus tard le dernier jour du mois qui suit le trimestre au cours duquel la commission est acquise, selon l'article L134-9 du Code de commerce. Le relevé des commissions doit être remis dans le même délai. Rien n'interdit de payer plus tôt, par exemple chaque mois.

Le taux de commission doit-il être écrit dans le contrat ?

C'est fortement recommandé. La rémunération est librement convenue entre les parties, et à défaut d'accord ce sont les usages de la profession qui s'appliquent (article L134-5). Le contrat écrit n'est pas une condition de validité, mais chaque partie peut obtenir un écrit signé qui en mentionne le contenu (article L134-2).

Faut-il verser un fixe à un agent commercial qui démarre ?

Ce n'est pas obligatoire, et ce n'est pas toujours utile. Un fixe ou une avance sur commissions peuvent aider sur une offre au cycle de vente long, mais ils représentent un coût sans garantie de ventes. Si vous en prévoyez un, limitez-le dans le temps et écrivez précisément les règles.

Soufiane DerbaliSoufiane DerbaliConsultant, fondateur de DivisionCo. 12 ans à diriger des forces de vente externalisées, plus de 300 agents commerciaux indépendants recrutés et activés. Mon parcours

Les informations juridiques de cet article sont données à titre général. Pour une situation précise, consultez un avocat.

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