Contractualiser

Rupture du contrat d'un agent commercial : le déroulé côté mandant

Rompre le contrat d'un agent commercial à durée indéterminée suppose de respecter un préavis de 1 à 3 mois selon l'ancienneté, sauf faute grave ou force majeure. L'agent a ensuite droit en principe à une indemnité, aux commissions acquises et à leur relevé. Il reste à récupérer vos outils et, si elle est écrite, à appliquer la non-concurrence.

Soufiane DerbaliSoufiane DerbaliPublié le 1 novembre 2026 · 8 min de lecture
Dirigeant de PME qui prépare la fin du contrat d'un agent commercial avec une checklist
Sommaire
  1. Peut-on rompre un contrat d'agent commercial à tout moment ?
  2. Quel préavis respecter ?
  3. Quand n'y a-t-il pas de préavis ?
  4. L'agent a-t-il droit à une indemnité ?
  5. Quelles commissions restent dues après la fin du contrat ?
  6. Que faire des outils, des fichiers et des clients ?
  7. La non-concurrence s'applique-t-elle après la rupture ?
  8. Checklist de sortie : les 6 étapes côté mandant
  9. Questions fréquentes

La fin de la relation se prépare dès la rédaction du contrat d'agent commercial. Quand elle arrive, le dirigeant doit enchaîner plusieurs obligations, dans un ordre précis. Cet article décrit ce déroulé côté mandant, étape par étape.

Peut-on rompre un contrat d'agent commercial à tout moment ?

Oui, pour un contrat à durée indéterminée, chaque partie peut y mettre fin, à condition de respecter un préavis. Rompre est donc possible. Ce qui coûte, ce n'est pas la décision, ce sont ses suites : préavis, indemnité, commissions.

Pour un contrat à durée déterminée, ou un contrat qui se poursuit après son terme, les règles demandent une analyse au cas par cas. Faites-les vérifier par un avocat avant d'agir.

Avant toute décision, posez-vous une question. Le problème vient-il de l'agent, ou de ce que vous lui avez confié ? Si l'offre, la rémunération ou les outils sont en cause, le prochain agent rencontrera le même obstacle.

Quel préavis respecter ?

L'article L134-11 du Code de commerce fixe la durée du préavis d'un contrat à durée indéterminée selon son ancienneté. Elle s'applique au mandant comme à l'agent.

Ancienneté du contrat Préavis minimum
1re année 1 mois
2e année 2 mois
À partir de la 3e année 3 mois

Exemple fictif. Un contrat signé le 1er mars 2024 est rompu par une notification du 15 octobre 2026. Le contrat est dans sa 3e année : le préavis est de 3 mois.

Pendant le préavis, la relation continue. L'agent reste votre mandataire, et l'obligation de loyauté et d'information réciproque de l'article L134-4 s'applique toujours. Notifier la rupture par écrit, avec une date certaine, est une pratique courante, à faire valider par un avocat.

Quand n'y a-t-il pas de préavis ?

Le préavis n'est pas dû en cas de faute grave de l'une des parties, ni en cas de force majeure. Ce sont les 2 seules exceptions prévues par l'article L134-11.

La faute grave est une notion appréciée au cas par cas. Une absence de résultats n'est pas automatiquement une faute grave, même si des objectifs figuraient au contrat. Notre article sur les objectifs du contrat d'un agent commercial explique comment les écrire sans en attendre ce qu'ils ne peuvent pas donner.

Invoquer une faute grave sans pouvoir la démontrer expose à un litige. Si vous l'envisagez, consultez un avocat avant d'envoyer la moindre lettre.

L'agent a-t-il droit à une indemnité ?

En principe oui : l'article L134-12 du Code de commerce prévoit une indemnité de fin de contrat. L'article L134-13 l'écarte en cas de faute grave de l'agent, de rupture à son initiative sans circonstance qui la justifie, ou de cession de son contrat.

Son montant se compte en années de commissions, selon la fiche du ministère de la Justice. L'agent doit notifier sa demande dans l'année qui suit la fin du contrat.

Nous détaillons cette indemnité, et la façon de la provisionner dès la signature, dans notre article sur l'indemnité de fin de contrat d'un agent commercial.

Quelles commissions restent dues après la fin du contrat ?

Les commissions acquises restent dues, même si le contrat a pris fin. Selon l'article L134-9 du Code de commerce, une commission est acquise dès que le mandant a exécuté l'opération ou aurait dû l'exécuter, ou dès que le client l'a exécutée. Elle se paie au plus tard le dernier jour du mois qui suit le trimestre où elle est acquise.

Le relevé suit la même règle. L'article R134-3 impose au mandant de remettre un relevé des commissions dues, au plus tard le dernier jour du mois qui suit le trimestre où elles sont acquises. L'agent peut exiger les informations nécessaires pour vérifier le montant.

Le montant de ces commissions, lui, suit votre contrat : la rémunération est librement fixée entre les parties, comme le rappelle la fiche officielle sur le statut d'agent commercial. D'où l'intérêt d'un taux et d'une assiette écrits sans ambiguïté.

À l'inverse, le droit à commission s'éteint si le contrat avec le client n'est pas exécuté pour une cause non imputable au mandant (article L134-10). Le sort des affaires en cours de négociation au moment de la rupture dépend de chaque situation : faites-le examiner par un avocat. Le contenu et le rythme du relevé sont détaillés dans notre article sur le relevé de commissions d'un agent commercial.

Que faire des outils, des fichiers et des clients ?

Récupérer ce qui vous appartient, et transmettre ce qui doit l'être. Les textes cités ici ne détaillent pas ce point : c'est le contrat qui l'organise, et une liste écrite à la signature évite les discussions à la sortie.

Ce qu'une clause de restitution couvre en pratique courante :

  • les échantillons, catalogues, tarifs et supports de vente ;
  • les accès à vos outils : messagerie, logiciel de suivi, espace partagé ;
  • les documents et fichiers transmis pour la mission ;
  • les affaires en cours, à transmettre avec leur historique.

Cette clause se rédige et se valide avec un avocat. Le point clé, côté mandant, est de tenir la liste à jour pendant la relation, pas de la reconstituer le dernier jour.

La non-concurrence s'applique-t-elle après la rupture ?

Seulement si elle a été écrite. L'article L134-14 du Code de commerce exige un écrit, limite la clause à 2 ans maximum, et la restreint au secteur géographique ou à la clientèle confiés, ainsi qu'au type de produits ou services de l'agent.

Sans clause écrite, les textes cités ici ne prévoient aucune interdiction après la fin du contrat. Si une clause existe, vérifiez avant la rupture qu'elle respecte ces conditions. Le détail se trouve dans notre article sur la clause de non-concurrence d'un agent commercial.

Checklist de sortie : les 6 étapes côté mandant

Suivez ces étapes dans l'ordre. C'est une structure à adapter à votre contrat, pas une procédure juridique prête à l'emploi.

# Étape Ce que vous vérifiez Référence
1 Qualifier la situation Contrat à durée indéterminée ou non, ancienneté, motif réel de la rupture L134-11, avocat
2 Notifier et respecter le préavis Durée selon l'ancienneté, date de fin, absence de faute grave ou de force majeure L134-11
3 Chiffrer l'indemnité Cas d'exclusion éventuels, ordre de grandeur en années de commissions L134-12, L134-13
4 Solder les commissions Commissions acquises, date de paiement, relevé, affaires en cours L134-9, L134-10, R134-3
5 Récupérer les outils Liste des supports, accès, fichiers, affaires à transmettre Contrat
6 Vérifier la non-concurrence Clause écrite, durée, secteur ou clientèle, type de produits L134-14

Une ligne sans réponse claire signale un point à faire examiner par un avocat avant la notification, pas après.

Questions fréquentes

Quel préavis pour rompre le contrat d'un agent commercial ?

Pour un contrat à durée indéterminée : 1 mois la 1re année, 2 mois la 2e, 3 mois à partir de la 3e (article L134-11 du Code de commerce). Il n'y a pas de préavis en cas de faute grave ou de force majeure.

Peut-on rompre le contrat d'un agent qui ne vend pas ?

Oui, en respectant le préavis. Mais une absence de résultats n'est pas automatiquement une faute grave : l'indemnité de fin de contrat reste en principe due. Faites examiner votre situation par un avocat avant d'agir.

Faut-il payer les commissions après la fin du contrat ?

Oui, pour les commissions acquises au sens de l'article L134-9. Elles se paient au plus tard le dernier jour du mois qui suit le trimestre où elles sont acquises, avec le relevé prévu par l'article R134-3.

L'agent peut-il travailler pour un concurrent après la rupture ?

Oui, sauf clause de non-concurrence écrite, limitée à 2 ans, au secteur ou à la clientèle confiés et au type de produits ou services (article L134-14). Sans écrit, vous ne pouvez pas compter sur une interdiction.

Que se passe-t-il si l'agent rompt lui-même le contrat ?

Il doit respecter le même préavis. Il n'a en principe pas droit à l'indemnité, sauf si des circonstances comme l'âge ou la maladie justifient son départ (article L134-13). Les commissions acquises restent dues.

Soufiane DerbaliSoufiane DerbaliConsultant, fondateur de DivisionCo. 12 ans à diriger des forces de vente externalisées, plus de 300 agents commerciaux indépendants recrutés et activés. Mon parcours

Les informations juridiques de cet article sont données à titre général. Pour une situation précise, consultez un avocat.

À lire ensuite

Pour aller plus loin

Le premier pas

Le premier pas, c'est 40 minutes avec moi.

Soufiane DerbaliSoufiane DerbaliEn visio ou au téléphone

La consultation stratégique

  • Le levier des agents commerciaux est-il pertinent pour vous ?
  • Si ça n'a pas marché, ou si ça marche mal : on regarde pourquoi.
  • Une première esquisse de votre stratégie commerciale.
  • L'accompagnement et son financement, en détail.
  • Vos questions, mes réponses.
Offerte40 minutes de travail sur votre entreprise, pas une présentation. Ce travail se facture, d'habitude.
Réserver ma consultation offerteRien à préparer, rien à décider.